La voie des femmes, le showcase coup de poing

Il y a des rendez-vous immanquables et le showcase « La Voie des femmes » organisé le 25 novembre dernier à la Mairie de Paris Centre, en fait incontestablement partie. En cette journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, Séverine Ferrer, ancienne présentatrice de Fan 2 sur M6 et metteuse en scène du showcase, a proposé un spectacle haut en couleur (et en histoires). Des histoires de femmes, qui ont subi des agressions sexuelles et sexistes. Des histoires qui nous prennent aux tripes, et la mise en scène y est pour beaucoup.

Un showcase cérémonial

Le 25 novembre au soir, je me dirige vers la Mairie du 3e arrondissement de Paris et prends place dans la salle des fêtes, plongée dans la pénombre. Seul un arbre illuminé (l’arbre de la vie ?) trône sur la scène, orné de dizaines de feuilles de papier accrochées à ses branches.

Les gens s’installent au fur et à mesure. A part le nom et l’ordre des intervenants, on n’en sait pas plus sur la représentation. Annoncée quelques jours auparavant, la venue de Marlène Schiappa, la Ministre déléguée auprès du Ministre de l’Intérieur chargée de la Citoyenneté, a tout de suite donné  l’ampleur à ce qui allait se jouer sous nos yeux. Je suis comme dans un moment suspendu, à la fois très curieuse de ce que je vais découvrir, et contente d’être là. J’observe les gens qui s’affairent pour trouver une place, j’envoie des SMS, j’actualise frénétiquement mes mails (un symptôme à surveiller, dirait un médecin spécialisé dans les addictions).

Le show commence, non pas par le jeu des acteurs comme dans un spectacle de théâtre traditionnel, mais par de nombreux discours, ceux des élus de Paris : Ariel Weil, Maire de Paris Centre, Shirley Wirden, son adjointe en charge de l’égalité femmes-hommes notamment, et Hélène Bidard, adjointe à la Maire de Paris également en charge de l’égalité femmes-hommes (entre autres). Ils nous sensibilisent sur les enjeux liés aux agressions faites aux femmes et ce qu’ils mettent en œuvre pour lutter contre ce phénomène, comme la création de plusieurs Maison des femmes, des lieux d’accueil pour les femmes victimes de violences conjugales.

Le rappel de certains chiffres fait froid dans le dos : chaque année, 213 000 femmes déclarent avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint, 102 femmes sont mortes sous les coups de leur mari en 2021. Notre présence n’a rien d’anodin.

Après le discours de Marlène Schiappa qui a avoué être fan de Séverine Ferrer du temps où cette dernière animait Fan 2, et rappelé les dispositifs de signalement en cas de violence subie, l’objectif du showcase est annoncé par la metteuse en scène :  que les femmes sachent qu’elles ne sont plus seules.

Des témoignages poignants

Ce sont des voix de petites filles qui résonnent soudainement dans la salle, des petites filles qu’on ne voit pas car il s’agit d’un enregistrement diffusé dans les enceintes de la salle des fêtes. On entend leurs désirs, leurs souhaits, leurs rêves en tant que petites filles et futures femmes. Ce qu’elles attendent de la vie, de leur prince charmant.

S’enchaînent ensuite sur scène les récits de plusieurs femmes adultes, d’âges, d’origines et de milieux sociaux variés. Certaines sont connues, d’autres moins. Pendant près d’une heure et demi, on les écoute, happés par leur histoire que chacune a pris soin d’écrire sur les feuilles de papier suspendues à l’arbre lumineux (c’était donc ça).

Certaines décident d’utiliser la dérision, comme l’actrice française Marie Fugain, qui commence son récit d’agression par une citation d’un « célèbre philosophe du 20e siècle » :« Être une femme libérée tu sais c’est pas si facile ».

Un style également adopté par Maïmouna Gueye, comédienne, auteure et metteuse en scène (connue pour avoir joué entre autres dans les Monologues du Vagin), quand elle nous raconte le viol et l’agression physique. Le drame est magnifiquement mêlé à l’ironie et déclenche même quelques rires dans le public.

Une jeune femme de 21 ans, Capucine Coudrier, qui tient le compte Instagram Ovaires the rainbow, soutient que les violences conjugales arrivent aussi dans des couples de mineurs, et ce, quel que soit le milieu social. J’en ai eu des frissons.

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C’est devant une assemblée qui a retenu son souffle pendant toute son intervention que Clémence Lassalas, jeune actrice française (Demain nous appartient, La Famille Bélier), narre les violences verbales et physiques subies par sa mère durant son enfance, une mère qu’elle aimait et admirait tant. Elle ne s’est pourtant pas laissée abattre car elle est là, belle et confiante devant nous ce soir-là :  « Paix et amour, tel est [son] super pouvoir ».

La musique et la danse font office de trêves entre toutes ces interventions plus poignantes les unes que les autres. Des interludes artistiques menés avec brio par la violoncelliste Delphine Kerob interprétant Bach, la chanteuse Sheryfa Luna, et les danseurs Gladys et Maxime dansant sur « Féminicides » de Lara Fabian.

Le show se termine sur une ovation du public. Les gens applaudissent et pleurent à demi en même temps. Il faut dire que l’émotion était au rendez-vous.  « Ce sont des témoignages authentiques » me confiera Séverine Ferrer à la fin du showcase. Quant à moi, je suis convaincue de la nécessité que tout le monde puisse voir ce spectacle pour mieux comprendre, aider, encourager. Parler. Excellente nouvelle, le spectacle part sur les routes en 2022/2023, bien engagé qu’il est sur la voie des femmes.

Journaliste : Shirley Adélaïde 

 

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